Changements liés au climat en Suisse : répercussions sur l’économie et la société
Des répercussions qui se font déjà sentir aujourd’hui
La Suisse fait partie des régions où les conséquences du changement climatique sont particulièrement marquées. Dans l’espace alpin, le réchauffement a été environ deux fois plus important que la moyenne mondiale depuis la fin du XIXe siècle. Ces changements se manifestent dans divers domaines de la vie et de l’économie.[1]
La fonte des glaciers et la diminution des réserves de neige réduisent les réserves d’eau saisonnières et modifient la disponibilité de l’eau, ce qui a des répercussions directes, notamment sur l’énergie hydroélectrique, l’approvisionnement en eau et d’autres utilisations dépendantes de l’eau. [2] Une sécheresse persistante a fait grimper les prix des aliments pour animaux et les coûts d’exploitation dans le secteur agricole. Cet été, des épisodes de fortes pluies au Tessin ont interrompu les chaînes de transport à l’échelle régionale, compromettant ainsi le respect des engagements de livraison.
L’été 2026 n’est pas un événement isolé. Les changements liés au climat ont un impact croissant sur les sites, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et les coûts.[3] Le Rhin a particulièrement bien illustré comment cela peut se traduire par un risque commercial concret.
Étiage du Rhin : un risque commercial pour les entreprises suisses
Comme le rapporte l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), environ un cinquième de toutes les stations de mesure suisses ont enregistré de nouveaux records de basses eaux durant l’été 2026. Début août 2026, plusieurs échelles du Rhin ont enregistré des niveaux d’eau jamais atteints depuis le début des mesures en 1880.[4]
Près de quatre millions de tonnes de marchandises transitent chaque année par les ports de Bâle, Muttenz et Birsfelden pour entrer en Suisse : produits pétroliers, matières premières industrielles, produits agricoles. En période de basses eaux, comme ces dernières semaines, les navires de fret ne peuvent embarquer en moyenne qu’environ 40 % de leur chargement habituel. Conséquence : une multiplication des trajets ou le recours à la route et au rail, qui sont généralement plus coûteux et dont les capacités sont limitées.[5,6]
Les conséquences vont de l’augmentation des coûts d’approvisionnement à des goulots d’étranglement au niveau de la production et des livraisons. Les prix des matières premières et des produits intermédiaires augmentent, les délais de livraison s’allongent et les plans de production sont mis à rude épreuve. Dans les cas particulièrement critiques, les entreprises sont contraintes de réduire leur production ou de l’interrompre temporairement. Les pertes économiques liées aux précédentes périodes de basses eaux en témoignent: En 2018, BASF a dû enregistrer une perte de 200 à 250 millions d’euros, uniquement due à l’interruption de la navigation sur le Rhin, par laquelle l’entreprise s’approvisionnait en environ 40 % de ses matières premières.[7] En 2022, la baisse du niveau des eaux a touché des chaînes d’approvisionnement déjà sous pression, alors que les prix de l’énergie atteignaient des sommets. La conjonction de ces deux effets a durement touché de nombreuses entreprises.[8]
Les entreprises se retrouvent ainsi confrontées à un double risque : elles doivent faire face à une hausse des coûts tout en gérant une baisse potentielle de la demande et une pression concurrentielle croissante. Si les transports deviennent durablement plus coûteux et moins prévisibles, cela risque d’affaiblir encore davantage leur compétitivité face aux entreprises d’Asie et d’Amérique du Nord.[3]
Les risques climatiques dans le cadre de la gestion d’entreprise
Les niveaux d’eau vont remonter. Le risque structurel pour les entreprises persiste toutefois. Les périodes de basses eaux marquées peuvent être suivies d’inondations, de fortes pluies et d’autres événements extrêmes qui affectent les sites de production, les entrepôts, les voies de circulation et les infrastructures critiques.[9]
La question cruciale n’est donc pas de savoir comment une entreprise réagit à l’événement actuel. Elle doit plutôt évaluer dans quelle mesure son modèle économique est résilient face à des phénomènes climatiques récurrents et de plus en plus intenses, et quelles en sont les répercussions concrètes sur ses actifs, ses processus, ses chaînes d’approvisionnement et ses marchés.
Jusqu’à présent, de nombreuses entreprises n’ont pas apporté de réponse systématique à cette question. Il ne s’agit pas ici d’une réflexion générale sur le changement climatique, mais bien de conclusions concrètes et spécifiques à chaque entreprise, qui servent de base à la prise de décision.
Notre offre de services de conseil Klimarisikoanalyse und -management pose ces bases. Nous travaillons en trois étapes qui s’enchaînent :
Analyse de scénarios physiques : nous identifions les risques climatiques qui affectent concrètement votre entreprise : des perturbations des voies de transport et des pertes de production sur les sites exposés jusqu’à la pénurie d’eau dans la chaîne d’approvisionnement. Cette analyse associe des modèles climatiques à vos données spécifiques relatives aux sites, aux actifs et aux processus.
Analyse des scénarios transitoires : parallèlement, nous identifions les risques et les opportunités liés à la décarbonisation. Pour ce faire, nous prenons en compte l’évolution des exigences réglementaires, les nouvelles technologies et les changements des conditions du marché. Cette perspective revêt une importance particulière pour les entreprises suisses, qui sont de plus en plus confrontées aux exigences de l’UE.
Intégration dans la gestion des risques : nous intégrons durablement ces résultats dans le pilotage de l’entreprise, avec des responsabilités claires, des processus bien définis et une feuille de route des mesures classées par ordre de priorité. Cela permet de créer une base solide pour :
- Décisions relatives à l’implantation et aux investissements : évaluation des risques climatiques dans le choix du site et l’allocation des capitaux
- Stratégie de chaîne d’approvisionnement : identification des points faibles et élaboration de solutions alternatives
- Planification de la continuité des activités : préparation aux perturbations liées au climat
- Mesures d’adaptation : hiérarchisation en fonction de la réduction des risques, du rapport coût-bénéfice et de la faisabilité
- Décisions en matière d’assurance et de financement : optimisation de la couverture des risques et du coût du capital
- Reporting et communication avec les parties prenantes : intégration dans les outils de pilotage et le reporting
L’analyse met également en évidence les opportunités offertes par cette transformation : des processus plus efficaces, des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, de nouvelles options de financement et des modèles économiques durables.
La résilience commence par des décisions solides
Le niveau d’eau historiquement bas enregistré en 2026 met en évidence ce qui va de plus en plus préoccuper les entreprises suisses à l’avenir : les risques climatiques ont un impact direct sur les coûts, les processus et les modèles économiques. Les entreprises qui analysent leurs dépendances à un stade précoce peuvent identifier les points faibles critiques et préserver leur capacité d’action. Cela implique de ne pas attendre qu’une crise survienne pour s’attaquer aux risques climatiques, mais de les intégrer dès à présent dans les décisions d’investissement, la gestion de la chaîne d’approvisionnement et la gestion opérationnelle de l’entreprise.
Une analyse systématique des risques climatiques fournit les bases nécessaires à cet effet. Ainsi, la réaction face à un événement météorologique extrême se transforme en une approche prospective axée sur la viabilité et la résilience.
Sources:
[1] Bundesamt für Umwelt (o. D.): Klimawandel. Online verfügbar unter:https://www.bafu.admin.ch/de/naturgefahren-klimawandel(abgerufen am 14.09.2026).
[2] MeteoSchweiz (2026, August): Extremste Sommertrockenheit seit Messbeginn. Online verfügbar unter:https://www.meteoschweiz.admin.ch/ueber-uns/meteoschweiz-blog/de/2026/08/extremste-sommertrockenheit-seit-messbeginn.html(abgerufen am 06.08.2026).
[3] Süddeutsche Zeitung (2026, 5. August): Ökonomen befürchten höhere Inflation durch Niedrigwasser. Online verfügbar unter:https://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/hitze-trockenheit-niedrigwasser-inflation-wirtschaft-rhein-li.3526959(abgerufen am 06.08.2026).
[4] Bundesamt für Umwelt (2026, 8. September): Sommer 2026: Trockenheit und hohe Waldbrandgefahr. Online verfügbar unter:https://www.bafu.admin.ch/de/sommer-2026-trockenheit-und-hohe-wassertemperaturen(abgerufen am 14.09.2026).
[5] Steiger, J. (2026, 10. August): Rhein-Niedrigwasser könnte Güterverkehr in die Schweiz unterbrechen. 20 Minuten. Online verfügbar unter:https://www.20min.ch/story/rhein-niedrigwasser-koennte-gueterverkehr-in-die-schweiz-unterbrechen-103615411(abgerufen am 10.08.2026).
[6] Schweizerische Rheinhäfen (2026, 2. März): Umschlagszahlen 2025: Weniger Energieimport – Containerverkehr auf Wachstumskurs. Online verfügbar unter:https://port-of-switzerland.ch/umschlagszahlen-2025-weniger-energieimport-containerverkehr-auf-wachstumskurs/(abgerufen am 14.09.2026).
[7] BASF SE: BASF-Bericht 2018: Ökonomische, ökologische und gesellschaftliche Leistung. Online verfügbar unter:https://www.basf.com/dam/jcr:d85db150-9ae1-3d29-b13f-bda7cfbf0c31/BASF_Bericht_2018.pdf(abgerufen am 07.08.2026).
[8] Schweizerische Rheinhäfen (2022, 30. November): Umschlagsstatistik 3. Quartal 2022: Niedrigwasser im Sommer hinterlässt Spuren. Online verfügbar unter:https://port-of-switzerland.ch/umschlagsstatistik-3-quartal-2022-niedrigwasser-im-sommer-hinterlaesst-spuren/(abgerufen am 14.09.2026).
[9] Bundesamt für Umwelt (o. D.): Gewässer im Klimawandel. Online verfügbar unter:https://www.bafu.admin.ch/bafu/de/home/themen/wasser/gewaesser-im-klimawandel.html(abgerufen am 10.08.2026).